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People are strange

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On est constamment sollicités. Lorsque je me rends au centre-ville, on m’accoste pas moins de 5 à 6 fois, sur la rue, dans le tram, le métro, pour de l’argent contre un air d’accordéon désaccordé, un sourire édenté ou rien. Parfois, je donne, parfois, je ne donne pas. En fonction de ce que j’ai dans la poche, en fonction de mon humeur, en fonction de la façon dont c’est demandé. Comme la plupart des gens, j’imagine.

 

Quand, il y a une vingtaine de jours, sur un coup de tête motivé par la surprise et l’incapacité de gérer moralement toute inertie face à la situation que je découvrais, j’ai lancé une collecte de vêtements, couvertures et objets usuels pour une personne de ma connaissance qui vivait dans des conditions pénibles, je pensais savoir à quoi m’en tenir par rapport à la réaction des gens que j’avais contactés. Dans l’ensemble, ces personnes ont réagi comme je m’y attendais. A une exception près.

 

Il y a ceux qui ont répondu favorablement à mon appel d’aide.

Il y a ceux qui m’ont encouragée dans ma démarche bien que n’ayant momentanément rien à offrir.

Il y a ceux qui n’ont pas répondu. Supposément parce qu’ils n’avaient rien ou plus rien à donner, parce qu’ils ont l’habitude de donner à d’autres organismes ou individus, parce qu’ils préfèrent vendre ce qu’ils n’utilisent plus, parce qu’ils en ont marre d’être sans cesse sollicités… parce que la misère d’autrui les indiffèrent. Cette dernière supposition n’a rien de folichon, mais c’est un sentiment humain et il m’est arrivé, comme à tout le monde de penser « ne venez pas déranger mon petit confort avec vos histoires d’une misère qui ne me concerne pas » et de fermer les yeux sur ces choses que je préférais ne pas voir.

Et enfin, il y a la personne qui m’a répondu ceci et que j’ai surnommé L’Insidieux :

 

« J’y ai presque cru à ton histoire de pauvre dame sur qui le sort s’acharne ! Très Victor Hugo, tire-larmes à souhait, redoutable pour te confectionner un petit stock de tissu gratos et arrondir tes fins de mois en vendant les vêtements en bon état. Si cette personne existe vraiment, pourquoi ne la nommes-tu jamais? Ta maman sait que tu l’impliques dans tes magouilles ? »

 

Je vous laisse quelques secondes pour mesurer l’amplitude du gouffre de connerie devant lequel nous nous trouvons…

 

Une fois l’effet de la gifle dissipé, j’ai longuement réfléchi. Que répondre ? Comment répondre ?

 

Tenter l’humour ? « Oui, voilà, bravo, tu as tout compris, quelle perspicacité ! » Et assaisonner le tout d’un LOL et d’un MDR judicieusement placés ? Non, car j’ai beau gratter, je ne vois nulle trace d’humour dans ces quelques lignes.

 

Opter pour la vulgarité ? Car la remarque, même si elle ne comporte aucun mot déplacé, est tout empreinte d’une vulgarité qui vous saute à la gorge. « Oui, voilà, bravo, tu as tout compris, quelle perspicacité ! Et les ustensiles de cuisine que je reçois, genre couteau à pain, je te les mets où ? » Non, car cela aurait peut-être l’effet non désiré de faire rire cet énergumène.

 

Me justifier ? Raconter comment maman m’a mise au courant d’une situation que je ne savais pas si problématique et qui, pourtant, touche quelqu’un que je côtoie régulièrement ? Relater qu’il était pour moi physiquement et moralement inenvisageable de ne rien tenter pour aider ? Exposer ma crainte que si les gens de l’entourage ne bougent pas, personne ne le fasse ? Ressasser l’adage usé jusqu’à la corde qui veut que si un jour je devais à mon tour me trouver dans la misère, j’aimerais que quelqu’un me tende la main ? Expliquer  que si je ne nomme pas la personne dont je parle c’est par pur souci de discrétion car pauvre ne signifie pas forcément privé de fierté ? Ce serait accorder bien trop d’importance à un être que je peine à encore qualifier d’humain.

 

Me révolter ? Exposer en long et en large ma déception sans cesse grandissante de ce monde où la dignité humaine n’a plus la place qu’elle devrait occuper au sommet de toutes nos préoccupations ? Exprimer mon incompréhension d’une société où on n’hésite pas à claquer des centaines d’euros dans un sac fabriqué par des enfants sous-payés au fin fond d’un bled asiatique qu’on serait incapables de situer sur une carte du monde, mais où on rechigne à donner de vieilles frusques qui pourrissent dans nos placards à des gens qui n’ont rien, à des voisins qui vivent dans la misère sous nos yeux aveugles ou indifférents ? Non, car la bêtise émanant de la réponse de cette personne me fait dire qu’elle doit être totalement imperméable à ce genre de considérations.

 

J’ai opté pour la voie la plus simple. Ma réponse n’est sans doute pas la plus constructive, mais elle a le mérite de me ressembler.

 

« Voilà quelques lignes qui en disent long sur la culpabilité que tu ressens à n’avoir envie de ne rien donner. Pour la tranquillité de ton esprit, n’envisagerais-tu pas d’accepter et d’assumer enfin cet égoïsme et cette avarice qui te caractérisent en lieu et place de projeter ta malveillance sur autrui ? Ces défauts font partie des tares humaines, ce qui signifie que tu n’es pas totalement dénué d’humanité et que, par conséquent, tout n’est pas perdu ! Il pourrait même arriver que cette acceptation de ce que tu es te permette de te faire des amis. N’hésite pas à me contacter pour me faire part des infinies possibilités que cela t’ouvrira ou lorsque tu auras compris qu’à aider les gens dans le besoin, on n’est dépouillé de rien, mais riche d’avoir accompli quelque chose de bien. »

 

A ce jour, je n’ai reçu aucune nouvelle. Sans doute le chemin menant à l’humanité est-il semé d’embûches ?

 

Ma réponse me ressemble, elle est ironique, mais surtout elle masque la profonde tristesse ressentie à la réception du message. Elle tait aussi la myriade de questions qui se sont mises à tournoyer dans mon petit cerveau en surchauffe et qui se résume à une grosse remise en question : est-ce d’autres personnes parmi celles qui ne m’ont pas répondu pensent comme cette personne que j’ai monté l’histoire de toutes pièces ? Est-ce que l’on me connaît si mal ? Une autre interprétation du silence de certaines personnes serait donc que l’on ne me croit pas ?

 

L’Insidieux, en quelques mots, a fait d’un pur élan de générosité spontanée un agissement douteux aux relents acides de magouille et a semé le doute en moi quant aux gens que je connais et à la perception qu’ils ont de ma personne. Cependant, aussi perturbé que soit mon état d’esprit en ce moment et aussi inconfortable que soit la position dans laquelle je me trouve grâce à ses œuvres, je n’hésiterai jamais à l’avenir à m’y replonger si le besoin se faisait sentir. Il y aura toujours des envieux, des mauvais, des radins, prompts à accuser autrui des vices qui les rongent, mais il y aura aussi toujours des gens pour leur tourner le dos et avancer avec comme arme pour lutter contre les critiques, l’indifférence et les soupçons, le support de ceux qui croient en eux.

 

Encore une chose que j’ai envie de dire à tous les Insidieux de la planète : La ferme ! Panier ! Couché !

 

Bonne journée !

 

 

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Mélanie H 06/12/2012 09:09


heuuuu sans rire....j´ai écarquillé les yeux devant la réponse de l´insidieux, en me disant qu´il y avait un mot de la fin provant que c´était juste une blague...


 


je suis triste pour lui et pour toi aussi un peu...l´avantage c´est que tu sais à qui tu as à faire à présent, et avec un peu de chance, tu n´auras plus à faire avec lui...


 


et enfin, es-tu sure qu´il a compris ta réponse, non, parce que la méchanceté s´accompagne souvent de la bétise...

Ljubi 06/12/2012 14:09



C'est vrai, j'y ai pensé...je l'invite donc à me contacter au besoin, je me ferai un plaisir de lui traduire ma réponse en language simple ;-)


Et, pour être honnête, j'ai d'abord pensé à une mauvaise blague moi aussi...mais non.



Aurélie 05/12/2012 20:20


Bravo tu l'as bien mouché... La suspicion toujours la suspicion...

Ljubi 05/12/2012 21:18



Ces gens s'ennuient, sûrement...



Marithé :0010: 05/12/2012 18:09


ba je dirais que penser comme l'insideiux  c'est vraiment montrer un égoïsme et surtout te prendre pour une menteuse ..raye vite cette personnes de tes connaisances car elle ne te vaut
pas   et toi n'arrêtes pas de récolter comme je le fais moi même des vêtement spour ceux qui en ont besoin mais qui par pudeur .. ne le disent pas ... 


malheureusmeent ce genre de personnes existe  mais  ce n'est pas légion je pense ...  j'aime ta réponse  


gros bisous à toi et à poupoule  et souhaitons que cette personne ne soit pas dans le besoin  un jour

Ljubi 05/12/2012 20:07



Je ne pense pas que cette personne me recontactera à l'avenir, ce qui me soulage car je ne devrai même pas faire l'effort de la rayer de ma liste de contacts ;-) Heureusement que ces cons ne sont
pas légions...


Bises à toi! (et bravo aussi pour ce que tu fais pour les gens dans le besoin)



MAM 05/12/2012 14:48


Non, c'est vrai ? tu as vraiment reçu cette réponse ? Je t'avoue bien franchement que ça m'a fait rigoler !  J'te jure ! laat vallen, ça n'en vaut pas la peine !

Ljubi 05/12/2012 20:03



Et pourtant... "si les cons volaient" celui-là serait très certainement chef d'escadrille!



bedou-bedon.over-blog.fr 05/12/2012 14:28


Je suis toujours choquée devant la bêtise de certaines personnes. Tu veux tendre une main à quelqu'un qui en a réellement besoin et tu te prends une claque en retour.


Ça ne doit absolument pas t'atteindre. Ton geste est tout simplement beau, alors ta bonne action ne doit pas être gâchée par une personne jalouse et vile! Laissons la bêtise humaine là où elle
est, et je veux juste personnellement te dire merci pour cette femme généreuse que tu es!


Le reste comme dirait l'autre : "on s'en fou!"

Ljubi 05/12/2012 19:59



On est entouré de cons et ce sont eux qui se font entendre, c'est ça qui est triste.


Et puis, merci pour les jolies choses que tu me dis. Je n'ai pas l'impression d'être particulièrement généreuse ou d'avoir fait quelque chose de particulièrement beau, ça me semblait juste
logique de chercher à aider, alors je l'ai fait...et le reste, ok, on s'en fout! ;-)