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Contretemps...

Tout avait été minutieusement planifié.

La Poule était envoyée picorer au grand air dans les plaines de Flandre Orientale jusqu'à jeudi soir et le Pirate embarquait tous les jours, dès potron-minet, sur son fameux trois-mâts fin comme un oiseau, toujours droit devant vers la Capitale de l'Europe.

En tablant sur le respect fantaisiste des horaires du réseau maritime belge pour situer le retour du marin d'eau douce, j'avais devant moi de belles et longues journées, peuplées de promesses de couture, d'écriture, d'édition de photos, d'épilation bi-annuelle des mollets...

J'avais même prévu, ô folie suprême, du temps pour enlever les traces de vernis du nouvel-an et me couper les ongles de la main droite - j'ai coupé ceux de la main gauche la semaine précédente.

Le luxe. Total. Magistral.

Et puis, pouf!

Dimanche bof bof. Faut dire qu'il faisait frisquet lors de cette petite balade, mais bien couverte, je ne risquais rien, hein?

Lundi, 7 heures. L'ouverture de ma paupière droite me demande quelques efforts. Et quelques minutes. Elle retombe.

7 heures 30. Nouvelle tentative. L'oeil reste ouvert. Le deuxième suit. Je me demande quel est ce poids sur mon crâne qui pèse et m'enserre comme un étau. J'extrais une main de sous la couette, je la porte à la tête... je n'y rencontre que des cheveux. Des cheveux douloureux. Extrêmement douloureux. Le bout de mon index glisse le long de la ligne d'implantation qui parcourt mon front. C'est insupportable. Mal aux cheveux et à la peau.

Je parviens tant bien que mal à sortir du lit, à descendre les escaliers et à rejoindre la salle-de-bain lors d'un périple parsemé d'injures déclenchées par le craquement de mes os et de mes muscles à chaque mouvement.

Le miroir me révèle ce que je sais déjà: toute tentative de vie sociale est à proscrire aujourd'hui. Je me tourne vers le chat. Il se sauve. Sale bête. Faut dire que j'ai voulu l'appeler et que le son sorti de ma gorge n'avait rien d'humain.

J'embarque Capsule sous le bras, ma bouillotte de secours, et entame mon ascension vers la chambre et son lit accueillant, douillet, parfumé... m'en fous, je veux juste m'affaler encore une petite paire d'heures.

Deux heures plus tard, vers 13h48, donc, rebelote. Les paupières, encore plus lourdes, les cheveux et la peau du crâne, encore plus douloureux, les articulations, encore plus rouillées, la voix encore plus enrouée... et, oh!, le nez qui, tel un robinet délicieusement vintage, ne cesse de couler, couler, couler...

Ma première journée de délivrance et de liberté s'est donc de la sorte déroulée: allers-retours plus que pénibles entre lit et salle-de-bain avec l'un ou l'autre arrêt à la porte du frigo. Pas que l'appétit fut, lui, de la partie, mais quand vertiges et hallucinations visuelles entrent dans la danse, cela signifie une seule chose: il faut manger.

Mardi, même topo.

Mercredi et jeudi, légère évolution sous la forme d'une fièvre de cheval. De coulant, le nez devient bouché. Bouché chargé. Je ne vous fais pas de dessin.

Vendredi, retour à la case départ, en mode loque qui se traîne d'un point A à un point B en grommelant dans un idiome inconnu du commun des mortels. Je me résous - déjà - à appeler le médecin.

A mes sinusites chroniques, s'ajoute une petite rhino-pharyngite de derrière les fagots qui, dans son sillage, a amené et semé ici ou là une petite bactérie responsable du status-quo de mon état. Ah la coquine! Pas le choix, ce sera anti-biotiques au déjeuner, au lunch et au dîner.

Week-end en dents de scie où je tente de faire bonne figure, mais mon teint plus verdâtre qu'à l'accoutumée ne trompe pas grand monde. Le seul endroit où je me sens plus ou moins bien reste mon lit. Training confortable, table de nuit à portée de main où trônent médicaments, sprays, mouchoirs en papier et bouteille d'eau, couette épaisse, oreillers moelleux, chien brûlant au creux du ventre parce que oui, le ventre aussi, je vous l'avais pas dit?, il n'y a que ça qui m'aille.

Lundi arrive. J'ai peur.

Réveil ok. Café. Toujours ok. Réveil Poupoule. De bonne humeur... So far, so good.

Dans la voiture, je lui demande quand-même gentiment de bien vouloir émettre le moins de sons possible car à force de me moucher, j'ai une oreille qui est hors service. Le moindre bruit est à la fois amplifié et assourdi. Si, si, c'est possible et c'est très désagréable.

Au retour, je lutte pour garder l'oeil vigilant derrière le volant.

Une fois la porte d'entrée refermée, je ne lutte plus. Je n'en suis de toute façon plus capable. Je me liquéfie littéralement. Mon corps ne me répond plus et j'ai autant d'énergie qu'un mollusque lyophilisé. J'ai conscience d'une petite chose grise qui grimpe les marches à mes côtés, le bruits des griffes sur le plancher, je l'attrape, je m'effondre...

Un sommeil d'une heure, sans mouvement, sans rêve, comme assommée. C'est flippant. Surtout pour quelqu'un qui, comme moi, déteste perdre le contrôle. Je n'ai pas de souvenir précis de la dernière fois où j'ai été à ce point malade. Sans doute suite à un microbe ramené de la crèche par la Poule. Ils sont toujours très virulents.

Je suis dans une position inconfortable, tiraillée entre le désir d'écouter mon corps et lui offrir le repos qu'il réclame - quand il ne le prend pas, tout simplement, sans tenir compte de mon avis - et ces mille choses que j'avais prévues de faire pendant le congé de Carnaval. Une semaine après l'avoir déballé, mon joli tissu est toujours posé au même endroit sur ma table de découpe, les affaires de Thaïs ne sont pas rangées, mes photos ne sont pas triées, mes articles en attente prennent un peu plus de retard... Et quand un brin d'énergie me gagne, il m'arrive de la dépenser bêtement à râler comme un cochon parce que "j'aime pas être malade!", parce que d'habitude même malade, je m'active, dans la mesure du possible pour accomplir telle ou telle tâche... Quand vingt minutes debout nécessitent une heure de récupération, on n'est pas très efficace. Dur à  assumer à l'heure où tout va vite...

Bref, en attendant, j'allume des bougies au dieu des bactéries afin que, dans son infinie bonté, il rappelle auprès de lui son ouaille qui s'est éloignée du droit chemin au détour d'un de mes organes. Et puis, j'imagine toutes les jolies choses que je vais bientôt pouvoir coudre. Très bientôt. Très très bientôt... ôôôômmmm!

Contretemps...
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Laura 06/03/2017 13:37

« Bactérie !!! Leeeaaaaaaaaaave Aliiiiiiiiix alone !!!! » Non mais ! A Carnaval en plus ! Non mais je te jure.... Bisous magiques !
ps : j’ai un déguisement d’Happy Potter à faire pour le mini camp scout de Lil’G ! T’as des idées de capes pas trop trop compliquée à coudre

Alix 06/03/2017 14:41

Merci, avec ce chant indien, je suis sûre qu'elle va décamper fissa ;-)
Cape... un grand morceaux de laine (Puces du Chien), tu plies dans le sens de la longueur, tu faufiles sur la moitié, tu mets la pointe sur la tête de l'animal, tu fixes un ruban de satin au niveau du cou, assez long pour faire un noeud, tu découds le faufilage et replies cette partie au-dessus du ruban. Pour éviter que l'animal ne s'étrangle, tu peux aussi fixer à l'aide de qq points la cape au costume.